mardi 13 octobre 2015

Conférence Kaizen à Lyon pour une parentalité positive : Comment être parent aujourd’hui ?

Mardi 6 octobre 2015 , Lyon
C’est avec joie et impatience que mon amie et moi nous retrouvons sur Lyon pour assister à une conférence très attendue, organisé par  Kaizen,  un magazine alternatif 100% positif. KAIZEN est un mot japonais qui littéralement signifie « KAI » : = changement et « ZEN » = bon. C’est aussi la philosophie d’un changement durable par l’action de petit pas.
Cette conférence tourne autour de ces points :
 - aborder un nouvel horizon de la parentalité avec trois spécialistes de l’éducation alternative
- découvrir un panel d’approches pour établir une relation joyeuse avec nos enfants
- feuilleter le dernier hors-série de Kaizen Pour une enfance joyeuse, le bonheur appartient à ceux qui l’apprennent tôt !. Un super hors série qu'on adore et qui nous a gentillement été offert par l'une des intervenantes de la soirée, Gaëlle Baldassari. Encore merci à toi pour cette précieuse attention. 
Nous arrivons à l’institut Goethe et première surprise, on ne nous demande pas notre numéro de réservation online mais notre prénom ! Déjà la bienveillance résonne dès ce chaleureux accueil. On nous offre le n°d’été de KAIZEN et le programme des conférences sur les prochains mois en France.
C’est une très belle salle, accueillante, spacieuse qui nous tend les bras. Les 3 intervenants s’installent en trio derrière leur table et leur micro.
Les lumières se tamisent pour ne mettre en lumière principalement les 3 intervenants. Des remerciements introduisent l’ouverture de la conférence. Nous avons le plaisir de découvrir un animateur de soirée, rédacteur en chef de KAIZEN.
Une seconde surprise nous attend : un exercice de style et de bienveillance les uns envers les autres ! On nous demande de nous regarder 30 secondes dans les yeux avec notre voisin de droite, celui que l’on ne connaît pas. Moment intense dans le silence, quelques rires contenus, des sourires et dans les yeux de ma voisine inconnue, beaucoup de douceur, de simplicité et de bienveillance.
S’enchaîne ensuite les présentations de chaque intervenant. Je suis ravie de découvrir le Dr Adrian SERBAN en conférence car j’en entends beaucoup parler par les mamans qu’il reçoit en consultation pédiatrique. Et je découvre l’étendue de son métier et déjà je suis fascinée par les connaissances de cet orateur.
Se présente ensuite Isabelle Peloux, professeur des écoles, formatrice en relation entre l’enseignant et l’enseigné, spécialisée dans la pédagogie de la coopération. Elle a fondé, en 2006, l’école élémentaire du Colibri, dans la Drôme, au cœur de la ferme agro-écologique des Amanins. Elle se présente comme une pédagogue institutionnelle. Elle évoque la pédagogie de la coopération. Elle évoque ceci avec la notion de posture d’accompagnement. Elle aborde sa vision de l’éducation, c’est-à-dire à partir du moment où je rentre dans un moment où je rentre dans une relation avec l’enfant, je l’éduque ! Donc je me dois d’apprendre aussi.
C’est au tour de Gaëlle Baldassari, intervenante au sein de l’association Mater’native, de se présenter. Gaëlle est également co-auteure du hors-série de Kaizen Pour une enfance joyeuse.
L’animateur de la soirée présente le déroulement de la soirée en 3 temps, en présentant le hors série de KAIZEN sur la petite enfance « pour une enfance joyeuse ». Le thème de la soirée :
Nous le savons désormais, les relations affectives nouées entre 0 et 6 ans laissent une empreinte essentielle chez l’enfant et influencent grandement sa vie d’adulte. Elles construisent notre manière d’appréhender le monde, et, in fine, de le construire.
1/ D’où on vient ?
2/ Où on peut aller ?
3/ Comment on peut y aller ?
Adrian Serban commence à  parler des impacts sur les sujets tels que "Que se passe t’il quand on laisse pleurer un enfant, quand on lui donne une fessée?"
Il introduit le concept de la parentalité positive= la confiance, entre deux êtres, entre 1 parent et un enfant en l’occurrence avec le thème de la soirée.
Il parle aussi de ce qu’est le maternage proximal qui pour lui est une mesure éducative basée sur la coopération.
Puis il parle de l’éducation répressive avec la fessée, la gifle, etc. En insistant sur le fait d’être vigilant à ne pas stigmatiser la fessée car dans certaines cultures ce geste est anodin, et qu’il n’a pas forcément le même impact selon le tempérament de chacun. Ceci dis, la plupart des scientifiques sont en accord pour dire que la violence physique dans l’éducation c’est pas l’idéal.
Gaëlle enchaîne sur le sujet en évoquant les pleurs de l’enfant et l’impact du stress en laissant un enfant pleurer. Elle explique que l’enfant accompagné dans les pleurs va sécréter moins de cortisol et donc sera moins stressé. Alors que pour l’enfant qu’on laisse pleurer, le cerveau reptilien (neurosciences) prend le contrôle et cela engendre un stress chez l’enfant, qui se traduit en 3 étapes: (pour savoir ce que sont les neurosciences, une interview du pédiatre Catherine GUEGUEN : http://www.apprentis-auteuil.org/actualites/detail-de-lactualite/article/quand-les-neurosciences-valident-leducation-bienveillante/news-cat/familles.html)

1/ La première est « la fuite »
2/ La seconde est la « lutte »
3/ La troisième est l’inhibition : Et celle-ci est la pire car l’enfant s’est endormi en stress , il « abandonne » et cesse de pleurer et s’endort en stress. Ce type de comportement entraîne fréquemment des émotions de dépression. Elle explique que l’enfant « fais le mort pour survivre » !

Isabelle continue avec la punition et le « non ». Elle explique que nous, les adultes interprétons souvent d’une mauvaise manière la réaction du tout petit face au non. Et que la réaction de l’enfant dépend du ton sur lequel on dis "non".
Exemple : On dis non à son petit. Il réalise l’action de l’interdiction du non, mais sans aller plus loin. Chez le tout petit, c’est une façon de montrer qu’il a compris la directive du parent. A ce moment là, le parent peut lui dire « oui c’est bien cela que ça veut dire, tu as bien compris que ça veut dire non ! ». Et le parent doit s’autoriser aussi à dire un non ferme  et catégorique, sans forcément toujours l’expliquer et l’enfant accueillera aussi ce non.
En tant que parent, le « non » est parfois difficile. On se demande : « va-t-il toujours m’aimer si je lui dis non ? »
Plus tard justement dans la soirée, Adrian SERBAN explique que le bébé a une capacité innée d’aimer son parent. C’est un automatisme. Le parent est sa première figure d’attachement dés sa naissance.
Une maman évoque son expérience  avec son enfant qui est né prématurément, et les impacts sur les émotions de son enfant, qu’elle ne comprenait pas toujours. Jusqu’à ce qu’elle l’emmène chez un ostéopathe qui lui fait comprendre que son enfant est très anxieux. Alors qu’elle voyait plutôt son enfant comme un enfant défiant toute autorité, et lui faisant milles misères partout où elle allait. Mais cet enfant avait simplement un grand besoin d’être sécurisé, rassuré, empreinte de sa naissance prématurée.
Adrian SERBAN rebondis en affirmant que l’on ne peut pas effacer certaines expériences de notre vie dés le plus jeune âge. Mais qu’il est néanmoins possible d’apprendre de nouveaux comportements à l’âge adulte. Il évoque alors la plasticité du cerveau et sa maturité (neurosciences). Petit, l’enfant est incapable d’adopter des stratégies comportementales.
On a tendance à croire que l’enfant vient nous provoquer ! Or l’enfant vient chercher des repères, il a besoin qu’on lui mette des limites, sinon c’est un enfant perdu. En neurosciences, il est expliqué qu’un adulte qui croit poser des limites sans être clair lui-même avec ces limites, l’enfant le sait immédiatement et réagis !
Isabelle, qui enseigne à l’école des Amanins donne un exemple probant sur l’incompréhension de l’adulte face aux réactions d’un enfant. Elle explique le cas d’une petite fille qui était toujours sage, souriante, etc et puis qui d’un seul coup se mettait à faire une crise de nerf qui s’intensifiait. Elle a compris que cette fillette avait besoin d’être accompagnée dans cette émotion soudaine et lui a pris la main pour l’accompagner dehors. Cette fillette a pu aller au bout de cette émotion en étant accompagnée, car elle était incapable de maîtriser son émotion ni de s’arrêter.  Le cerveau de l’enfant n’est pas suffisamment développé pour gérer cognitivement ses émotions. Dans le cas de l’émotion de colère, l’adulte doit rester calme et garder le contact par le toucher avec l’enfant afin que celui-ci surmonte son émotion.

Ce qui amène la définition de pulsion, qu’est ce que c’est ? Quelle est la différence avec le besoin ? Les pulsions doivent être contenues. Les besoins doivent être pourvus. Tout ceci dans un cadre sécure  = le oui et le non !

Plusieurs notions sont ensuite expliqués autour du maternage proximal. Qu'est ce que le maternage proximal et quels sont ses bienfaits ?

Gaëlle explique que c’est la notion de confiance et de protection de son enfant. Le maternage proximal participe à la figure d’attachement. Adrian SERBAN précise qu’il préfère le terme du LIEN pour définir l’attachement. Il évoque aussi le portage qui a marqué l’humanité depuis des millénaires et pourtant étudié que très récemment ! Le portage favorise l’état de relaxation du bébé , ce qui favorise l’apprentissage donc ses bénéfices sont énormes.
Le partage du lit : il favorise la relation entre le parent et l’enfant. Rien qu’à l’évocation du sujet « co-sleeping », un soudain bruit de fond d’échange dans l’assemblée. , Adrian Serban comprends que ça fait probablement référence aux différentes polémiques autour du co-dodo, et insiste sur le fait que ce n’est pas le débat de la soirée, mais que bien sur le partage du lit se pratique conformément à certaines règles de sécurité.
L’allaitement : ils expliquent les effets d’une hormone, appelée aussi hormone de l’amour : l’ocytocine. Elle joue un rôle essentielle dans le développement du lien entre maman et bébé. Les hormones jouent un rôle essentiel de neurotransmetteurs du cerveau. Ce qui favorise le lien, et le bien-être du bébé. Adrian SERBAN énonce une étude réalisée aux états-unis récemment : constat que les bébés allaités jusqu’à au moins 12 mois, à l’âge de 30 ans gagnent plus d’argent ! Evidemment tout le monde se met à rire (et à douter !) en entendant cela, avec divers commentaires dans l’assemblée en chuchotements.
La méthode DME : diversification menée par l’enfant. Le principe principal est de respecter l'autonomie de l'enfant pour sa diversification.
Alors à ce moment-là, je réalise que pas mal de monde ne connait pas la DME. J’explique alors à mon amie ce que c’est exactement. Là je me sens dans mon élément d’accompagnante ! On discute et hop les informations continuent et on en perd un peu le fil. Heureusement, il y a une vraie continuité dans le cheminement de la conférence qui fait que finalement on est jamais vraiment perdues. L’animateur de la soirée, pose régulièrement des questions pour lancer des transitions. Cela donne une belle dynamique à la conférence, et on ne voit pas le temps passer.

Isabelle explique qu’un bébé, un enfant apprend quand il se sent en sécurité. On lui transmet de l’ocytocine dans l’échange. Elle prend un bel exemple pour éclairer les personnes qui ont du mal à comprendre l’ocytocine  Elle cite Catherine GUEGUEN : quand on voit un bébé, on crée l’hormone du bonheur, l’ocytocine et on s’extasie devant le bébé « oh-ah ». Pour info, l’ocytocine est souvent appelée « hormone de l’amour, du plaisir ». Certaines études récentes ont commencé à suggérer que l'ocytocine pourrait avoir un rôle dans différents comportements, comme l'orgasme, la reconnaissance sociale, l'empathie, l'anxiété, les comportements maternels.
Le pédiatre, Adrian SERBAN rebondis en rappelant la théorie du lien d’attachementLa théorie de l'attachement est un champ de la psychologie qui traite des relations entre êtres humains. Son principe de base est qu'un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d'attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue .Cette théorie a été formalisée par le psychiatre et psychanalyste. C'est dans ce sens qu'on peut dire que l'attachement est primordial pour l'évolution psychologique de l'enfant.

Je suis fascinée par ces 3 intervenants, qui passionnent l’assemblée. A ce moment là, j’ai vraiment hâte de revoir Adrian SERBAN en conférence le 5 novembre dans l’Ain, vers chez moi. Je me sens totalement connectée par le déroulement de la conférence,par toutes les notions qui s’enchaînent. Je retrouve tellement de choses de mes différentes formations autour de l’accompagnement périnatal, le massage bébé, le lien parent-enfant, l’accueil des émotions et la CNV. Je me sens clairement en phase avec le public et les valeurs véhiculées lors de la conférence.
J’ai beaucoup aimé l’exemple d’Isabelle Peloux, qui explique les différences entre « inconsciemment incompétente », « consciemment incompétente » et "consciemment compétente". Elle cite sa propre expérience pour illustrer ces 3 notions:
- Quand elle s’inscrit à son cours de modern-jazz, elle débute dans l’apprentissage de ses pas = inconsciemment incompétente
- Puis elle constate que les autres arrivent à faire les pas mais pas elle = consciemment incompétente
Elle explique alors qu’elle se trouve tout un tas de bonnes excuses pour ne pas aller à ses cours «  j’ai les enfants, je suis fatiguée, je suis instit , j’y arrive pas, etc …. ». Et elle réalise que c’est en fait ce même schéma d’apprentissage que « subissent » ses élèves tous les jours. 
- Elle décide alors de persévérer ! Et enfin elle devient « consciemment compétente » en réussissant cet apprentissage de mouvement et de pas.

Là j’ai vraiment été touchée par son illustration d’exemples au sujet de la différence, ces enfants DYS (dyslexiques, dyspraxiques etc) « Le chemin n’est pas tracé en éducation donc il faut accompagner ces enfants »

Le développement de l’enfant est évoqué par les intervenants. Pour avoir la capacité de coopérer, le cerveau de l’enfant doit atteindre une maturité. Cela s’apprends. L’enfant construit l’intérieur de sa maison, il apprend par lui-même. C’est ce qui correspond à la période sensible parfaitement comprise par Maria MONTESSORI.  Si à 3 ans votre enfant ne sait pas découper alors qu’une réforme française de 2008 affirme que l’enfant dois savoir faire ce geste, c’est débile car chaque enfant apprend par lui-même, distinctement. J’aime beaucoup la façon de parler d’isabelle Peloux, très humble, très simple, très directe et avec souvent beaucoup d’humour.

Evidemment la CNV est évoquée : la communication non violente comprise et répandue par Marshall Rosenberg. L’accueil des sentiments: le « je » à la place du « tu », savoir exprimer ce qu’on ressens. Se mettre à la place de l’autre, c’est être empathique et nommer les émotions que l’autre est en train de vivre. L’intérêt de cette communication est de nommer le sentiment. Chez l’enfant, notamment en cas de colère, reconnaître son émotion l’aide dans l’apprentissage de cette gestion d’émotion. On essaye de comprendre son besoin et lui aussi. Mais attention, quand on pratique la CNV, la base est de savoir l’appliquer à nous-mêmes en tant qu’adultes ! Car c’est un outil social, fin et subtil.

Je frissonne en écoutant cette femme, pleine de vie, pleine d’empathie, pleine de partage et de transmission en évoquant son expérience personnelle lors du deuil de son époux. Elle explique son ressenti intérieur, cette violente  partie d’elle-même qui lui a permis de se lever tous les jours et ainsi tenir la tête hors de l’eau grâce à son métier, aux contacts avec les enfants. Les enfants ont une grande capacité d’empathie, et venait la câliner dès qu’il la sentait flancher.

Place aux questions de l’assemblée. Et un participant s’adresse aux intervenanst sur un ton assez vindicatif, qui nous met mal à l’aise. Il dit qu’une bonne baffe de temps en temps quand le parent est à bout, ça n’est pas non plus dramatique. Que lui-même a eu des coups de martinet et pour autant il s’est rendu 2 fois à l’école des Amanins. 
J’admire la répartie et la douceur avec laquelle Gaëlle lui apporte un élément de réponse : « Monsieur, c’est intéressant pour les générations futures de poser des limites sans user de la force »

Je me sens portée par la fin de la conférence qui va se terminer sur la valorisation de l’enfant comme un être à part entière.  Je repars le cœur léger, mon réservoir d’ocytocine rempli, l’esprit et le cœur nourris de ces échanges, de ces belles rencontres, de ces belles valeurs.
Et oui « quels enfants laisseront nous à la planète ? » http://quelsenfants.lesamanins.com/

« N'attendez pas de savoir-faire pour y aller. Nous, parents, sommes un adulte repère.  Alors acceptons notre seuil de tolérance car on peut se tromper »

« Regarder les enfants pas comme des petits mais comme des humains » dis le Dr Adrian Serban


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